Marie-Claire Fonteneau a soixante-trois ans, des lunettes de protection accrochées sur le front et des mains que ses petits-enfants trouvent « bizarrement rugueuses » depuis quelques années. Elle rit en racontant cela. « Avant la retraite, mes mains servaient à taper sur un clavier. Maintenant elles servent à quelque chose. » Ce glissement de sens — d'un travail abstrait vers un travail concret, visible, durable — est au cœur de ce qui la retient chaque semaine sur notre chantier de l'avenue de la Jallère.

Elle a découvert l'association un samedi de septembre 2021, lors des Journées du Patrimoine. Elle était venue voir les bateaux par curiosité, presque par hasard, après avoir croisé notre affiche dans une boulangerie du quartier Saint-Michel. « Je m'attendais à un musée, dit-elle. Des bateaux derrière une vitre, des panneaux explicatifs, des gardiens qui vous disent de ne pas toucher. » Ce qu'elle a trouvé à la place, c'est un atelier en plein air bruyant et odorant, des gens de tous âges en train de poncer, clouer, calfater, discuter, rire. Et un bénévole qui lui a tendu une paire de gants en lui disant : « Vous voulez essayer ? »

Elle a essayé. Elle n'est plus repartie.

« Le bois, il vous dit quand vous faites faux. Il résiste, il claque, il se fend. C'est un matériau honnête. »

— Marie-Claire Fonteneau

Les premières semaines ont été déstabilisantes, elle l'admet volontiers. « Je n'avais aucun repère. Je ne savais pas distinguer un rabot d'un bouvet. Je n'avais jamais tenu une perceuse à colonne. » Ce qui l'a maintenue, c'est la patience des anciens bénévoles — et la logique intrinsèque du bois. « Le bois, il vous dit quand vous faites faux. Il résiste, il claque, il se fend. C'est un matériau honnête. » Cette honnêteté du matériau, cette immédiateté du retour, contraste tellement avec les tableurs et les bilans dans lesquels elle a passé trente ans qu'elle en parle encore avec une forme d'émerveillement légèrement incrédule.

Aujourd'hui, Marie-Claire est une cheville ouvrière du chantier. Elle s'est spécialisée dans la préparation des surfaces — ponçage, dégarnissage, application des premières couches d'impression — et assure la formation des nouveaux bénévoles sur ces opérations. Elle gère également le suivi des consommables : inventaire des abrasifs, commandes de brai, état des stocks d'étoupe. Son ancien métier n'est pas perdu, il s'est simplement transposé. « La logistique d'un chantier naval, c'est exactement comme la comptabilité : si vous n'anticipez pas, vous vous retrouvez bloqué au mauvais moment. »

Rassemblement de bateaux traditionnels restaurés sur les quais de la Garonne — spectateurs et équipages mêlés

Mise à l'eau de la gabare Saint-Nicolas, mai 2025 — Marie-Claire avait travaillé dix-huit mois sur ce bateau.

Elle évoque avec émotion le jour où elle a vu la gabare Saint-Nicolas mise à l'eau, en mai dernier. Elle avait travaillé sur ce bateau pendant dix-huit mois, principalement sur le pont et les pavois. « Voir un truc que vous avez ponçé, enduit, repeint de vos mains flotter sur la Garonne devant cent personnes… c'est une sensation que je n'aurais jamais eue dans mon ancien métier. Une facture équilibrée, personne n'applaudit. » Elle marque une pause. « Là, les gens applaudissaient. »

Pour ceux qui hésitent à franchir la porte de l'association, Marie-Claire a un message simple : « N'attendez pas d'avoir des compétences. Venez sans rien. C'est exactement comme ça que je suis arrivée. Vous partirez avec des compétences que vous n'imaginez pas encore. » Elle ajoute, après réflexion : « Et des mains rugueuses. Mais les petits-enfants s'y habituent. »

Nous accueillons de nouveaux bénévoles toute l'année, sans condition de niveau ou d'expérience. Les permanences ont lieu les mercredis après-midi et les samedis matin. Venez simplement, comme Marie-Claire — avec de la curiosité et une paire de chaussures fermées.

« N'attendez pas d'avoir des compétences. Venez sans rien. C'est exactement comme ça que je suis arrivée. »

— Marie-Claire Fonteneau, bénévole depuis 2021

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