Il y a deux ans, lorsque la gabare Saint-Nicolas est arrivée sur nos quais remorquée par une vedette de la SNSM, peu auraient parié sur sa survie. La coque était ouverte sur près de trois mètres à tribord, les membrures pourrissaient depuis une décennie, et le gouvernail avait disparu lors d'un hivernage négligé quelque part entre Libourne et Blaye. Pour nos bénévoles, c'était pourtant une évidence : ce bateau devait vivre.

La gabare est l'âme du commerce girondin. Pendant des siècles, ces embarcations à fond plat ont transporté le vin des châteaux du Médoc et de l'Entre-deux-Mers, les pierres calcaires des carrières de Bourg, le bois de chauffage des forêts landaises. Sans elles, Bordeaux n'aurait pas bâti ses quais, ses entrepôts, ni sa réputation de port fluvial. Restaurer la Saint-Nicolas, c'est donc restaurer un fragment vivant de cette mémoire collective.

Les travaux ont débuté à l'automne 2023 sous la direction de notre maître charpentier, Éric Laborde, secondé par une équipe de huit bénévoles réguliers et plusieurs stagiaires venus de l'école de construction navale de La Rochelle. La première étape a consisté à déposer l'intégralité du bordé tribord pour évaluer l'état réel des membrures. Le diagnostic était sévère : dix-neuf pièces sur trente-deux devaient être remplacées. Nous avons utilisé du chêne de provenance locale, séché naturellement pendant dix-huit mois, conformément aux pratiques des chantiers girondins du XIXe siècle.

« Restaurer la Saint-Nicolas, c'est restaurer un fragment vivant de la mémoire collective du commerce girondin. »

Le calfatage a représenté à lui seul plus de quatre cents heures de travail. Chaque couture entre les planches du bordé a été soigneusement étouppée à l'étoupe de chanvre, puis enduite de brai végétal. Cette technique, inchangée depuis des générations, garantit une étanchéité durable sans recourir aux produits synthétiques qui altèrent l'authenticité des matériaux. Pour nos bénévoles les plus novices, ce chantier a été une véritable école : apprendre à tenir un ciseau à calfat, sentir la résistance du bois, comprendre pourquoi chaque geste compte.

La reconstruction du gouvernail a nécessité des recherches approfondies dans les archives départementales de la Gironde. Grâce aux plans retrouvés d'une gabare comparable construite en 1887 au chantier Charron de Libourne, notre équipe a pu reproduire un gouvernail à l'identique, avec sa ferronnerie forgée à la main par un artisan de Fronsac. Ces allers-retours entre archives et atelier sont caractéristiques de notre méthode : nous ne restaurons pas à l'intuition, mais à partir de sources documentées.

Bénévoles de différents âges travaillant ensemble sur la coque d'un bateau traditionnel lors d'un chantier participatif

Chantier participatif sur la Saint-Nicolas — bénévoles et stagiaires côte à côte, printemps 2024.

La mise à l'eau officielle a eu lieu le 14 mai dernier, en présence d'une centaine de sympathisants, de représentants de la Région Nouvelle-Aquitaine et d'une délégation de l'association des Amis du Vieux Bordeaux. La Saint-Nicolas a glissé sur la Garonne sous une pluie fine, exactement comme ses ancêtres l'ont fait pendant des générations. Pour Éric Laborde, les yeux brillants sur le ponton, la formule était simple : « Ce bateau avait une histoire. Maintenant, il en a une nouvelle. »

La Saint-Nicolas sera présente aux Fêtes du Fleuve en juin prochain, où le public pourra monter à bord et dialoguer avec nos bénévoles. Elle servira également de support pédagogique pour nos ateliers scolaires. Si vous souhaitez soutenir le prochain chantier — une yole de Garonne du début du XXe siècle — vous trouverez toutes les informations sur notre page de dons. Chaque contribution, quelle que soit sa taille, contribue directement à la survie de ce patrimoine irremplaçable.

« Ce bateau avait une histoire. Maintenant, il en a une nouvelle. »

— Éric Laborde, maître-charpentier

Retrouvez la gabare Saint-Nicolas lors des Fêtes du Fleuve à Bordeaux en juin. Soutenez le prochain chantier →